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dimanche, 16 août 2009

Sortir du capitalisme pour sauver la planète ? (bis)

Nous l’avons déjà écrit : capitalisme libéral et environnement ne semblent pas conciliables. Du moins, pas si l’on souhaite véritablement sauver le climat et protéger l’environnement. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) lui-même affirmait dans son rapport 2007-2008 que « le modèle économique des pays riches (poussant à la croissance et à la consommation…) est écologiquement insoutenable ». 

Cette fois, c’est pour vous inviter à lire le dernier ouvrage d’Hervé Kempf, journaliste au Monde.

Dans Pour Sauver la planète, sortez du capitalisme (présentation de l’éditeur ici et à acheter ici), Hervé Kempf prolonge son précédent ouvrage, Les riches détruisent la planète (voir ici), en expliquant comment il est absolument vital, pour espérer que l’humanité puisse vivre sur cette planète encore quelques siècles, de transformer radicalement nos modes de vie. Côté production et consommation, cela signifie, pour lui, le dépassement du capitalisme. Pas façon étendard anticapitaliste attendant le Grand Soir ou le Petit Matin, mais façon pragmatique.

En effet, pour Kempf, le capitalisme contemporain est inconciliable avec la protection de la planète en raison de ses caractéristiques intrinsèques – croissance de la productivité, financiarisation de l’économie, corruption généralisée et endémique, accroissement des inégalités. Autant d’éléments qui suscitent une demande croissante d’énergie et de ressources naturelles, une absence totale de régulation démocratique, des comportements insoutenables et ostentatoires des plus riches, etc…

Pour Kempf, pas besoin de nouvelle théorie générale : les alternatives au capitalisme sont déjà là (les AMAP et les initiatives de relocalisation des activités économiques ; la sobriété énergétique par le développement de modes de transports alternatifs, l’isolation thermique etc… ; la diminution des consommations les plus énergivores, etc…) et il suffirait de les sortir de leur marginalité pour en faire une réalité politique incontournable. Dès lors, pourraient se justifier :

  • la réduction des inégalités pour modifier les comportements ostentatoires des plus riches (4X4, villas et maisons secondaires etc…) et imitateurs des classes moyennes ;

  • la réintégration du coût des dégâts écologiques dans les prix des biens pour diminuer la consommation de ceux qui posent le plus de dégâts ;

  • une politique de rationnement des comportements les plus problématiques ;

Au passage, il vous rappelle trois idées fausses selon lesquelles

  • la technique pourrait résoudre quelque problème climatique que ce soit,

  • la consommation d’énergie pourrait continuer de croître,

  • le changement climatique serait le seul problème, nous faisant oublier par là les enjeux de biodiversité, sociaux, démocratiques, etc…

Dépasser le capitalisme qu’il nous écrit…

Emballé, pesé, à vous de jouer !

jeudi, 30 juillet 2009

La stratégie de la bonbonne de gaz : insurrection ou révolution ?

 

« Lui, c'est Rudi. Il n'a pas trente ans. Elle, c'est Dallas. […] [Ils] travaillent à la Kos, une usine de fibre plastique. Le jour où l'usine ferme, c'est leur vie qui vole en éclats, alors que tout s'embrase autour d'eux. […] Une ville où la lutte pour la survie dresse les uns contre les autres, ravage les familles, brise les règles intimes, sociales, politiques. Dans ce monde où la raison financière l'emporte sur le souci des hommes, qui doit mourir ? Qui peut vivre ? »

 

L’éditeur présente ainsi Les vivant et les morts, roman de Gérard Mordillat, paru en 2006. C’est le récit d’une petite ville de l'est de la France, Raussel, qui n'existe qu'à travers son usine, la Kos. La fermeture de celle-ci, en deux temps, mêlant passion et insurrection, tourments, révolte et secrets en tout genre, laisse tout le monde sur le carreau. La ville est exsangue.

 

Si vous ne l’avez pas lu, lisez-le !

 

Les conflits sociaux chez Molex, Michelin, New Fabris, Nortel, LyondellBasell, Servisair-Cargo, Legré-Mante, SKF, JLG-France, papèterie de Malaucène…et bien d’autres ne sont pas sans rappeler ce maelström humain, social et politique que Mordillat nous conte avec brio.

 

A chaque fois, c’est quasiment la même histoire : des taux de rentabilité financiers impossibles à satisfaire, des salariés pris pour une simple variable d’ajustement, des vagues de licenciements précédant la fermeture du site, etc…

 

On résiste comme on peut.

 

Ce sont les luttes menées par celles et ceux qui n’ont pas grand-chose et qui sont en train de perdre le peu qui leur reste. Ils perdent un travail, un revenu, une dignité…et par conséquent, et c’est souvent bien plus important, ils perdent une maison, une vie familiale et des relations sociales. Dépourvus de tout, elles et ils sont prêts à tout. Ou presque.

 

A l’usine Michelin de Saône-et-Loire, on a retenu quatre membres de la direction. Idem chez Servisair-Cargo pour les pauvres PDG et directeur général de l’aéroport de Roissy. Ou encore à la papèterie de Malaucène pour sauvegarder le site et ce qui reste du bassin d’emploi local.

Les New Fabris, Nortel et JLG-France ont usé de la stratégie de la bonbonne de gaz, avec succès pour les JLG.

Les Molex veillent sur leur matériel en occupant l’usine et en exigent de Peugeot le rachat du site. Occupation de site également pour les 50 salariés de Legré-Mante (Marseille).

Les salariés licenciés du groupe chimique néerlandais LyondellBasell (Bouches-du-Rhône) menacent de couper une conduite d’éthylène alimentant trois usines de Berre.

 

Au point que le gouvernement et la majorité parlementaire s’inquiètent de ce qui est appelé « la radicalisation des mouvements sociaux », ou encore le « chantage à la bonbonne de gaz ». On annonce une « rentrée chaude et tendue », une situation presque « insurrectionnelle », voire la « jungle ». Certains, comme l’ineffable Eric Raoult, maire du Raincy, craignent de nouvelles révoltes dans les quartiers avec les milliers de jeunes qui ne trouveront pas d’emploi à la rentrée.

 

Les augures de nos prophètes UMP cherchent à attiser les peurs…

Rassurons-les pourtant : en Chine, c’est un patron trop bien payé qui vient d’être tué par ses ouvriers !

 

 

jeudi, 16 juillet 2009

Nauru : après le colonialisme et le capitalisme…, le désastre ?

 

« Nauru, c’est surtout l’histoire de l’homme qui, une fois son confort matériel assuré, néglige sa culture, oublie son passé et se fout de son environnement. Nauruans, Occidentaux ou Chinois. Sur ce point je pense qu’on se vaut tous. »

Un Australien qui vient régulièrement pour affaires sur l’île.

 

Tout y est.

Une petite population indigène, coupée du monde, vivant dans une île minuscule au milieu du Pacifique. Une pincée d’annexion colonialiste anglo-saxonne. La découverte de ressources fossiles gigantesques. Des luttes entre grandes puissances pour en maîtriser la production et la commercialisation. Un zeste d’homme providentiel. Une décolonisation soft créant la plus petite République de la planète…et l’une des plus riches. De la démesure capitaliste justifiée par l’espoir de prospérité éternelle. L’exploitation des populations immigrées. Des gaspillages en tout genre. La finance offshore.

 

Nauru a tout connu. Aujourd’hui, ce ne sont que des désastres : désastres financier, économique, social, écologique, culturel, sanitaire…

 

Passée d’une petite île comme il y en a tant dans cette partie du Pacifique à l’un des pays les plus riches de la planète dans les années 1970, Nauru est aujourd’hui un Etat en ruine et une île dévastée. Le phosphate, découvert en 1899, a attisé les convoitises coloniales puis suscité l’espoir d’une prospérité sans fin. Au point que sa population, aujourd’hui malade et sans ressource, en a oublié ses repères et sa culture… Négligeant la pêche et le travail de la terre, les Nauruans sont devenus diabétiques à plus de 75 %. Et son gouvernement en est réduit à négocier au plus offrant le peu qui lui reste, quitte à brader son droit de vote à l’ONU ou à louer ses terres à l’Australie pour y accueillir, pendant un temps, ses camps de demandeurs d’asile…

 

Lisez Nauru, l’île dévastée, de Luc Folliett…et ce récit vous taraudera tout l’été : comme il vous apparaitra impensable que l’histoire de Nauru ne soit qu’un regrettable accident sur le chemin de la prospérité rêvée et idéalisée à laquelle nous conduirait un capitalisme plus ou moins régulé, vous passerez votre été à élaborer des alternatives ! Car cela ne peut plus durer… J

 

Rendez-vous en septembre !

 

PS : pour le commander, visitez ce lien d’une petite mais excellente librairie indépendante…