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jeudi, 24 septembre 2009

Le G20 de Pittsburgh : une belle mascarade pour un G vain ?

Article publié par Agoravox ici.


C’est en tout cas le pronostic d’Attac. Ce mercredi, les militants altermondialistes de l’association avaient donné rendez-vous à la presse pour dévoiler, sous forme de théâtre de rue, les résultats probables du G20 de Pittsburgh. Le pronostic est sans appel. « Ce G20 est une sorte de mascarade parce qu'il n'y aura pas de décision sérieuse de nature à vraiment réformer en profondeur cette finance mondiale qui a déstabilisé nos économies et nos sociétés »[1], selon l'économiste Dominique Plihon, président du Conseil Scientifique d’Attac.

 

Il est vrai que les annonces très médiatisées de ces derniers temps ont pu susciter des attentes disproportionnées. Pour Nicolas Sarkozy, « Cette fois c’est la fin du secret bancaire et des paradis fiscaux»[2]. Pour Barak Obama, considérant qu’en tant que « plus grande économie du monde il faut montrer l’exemple », propose « d’instaurer des règles financières plus strictes et maitriser les bonus excessifs intolérables »[3]. De son côté, Angela Merkel considère maintenant que « la taxe Tobin est une proposition sensée »[4].

 

Au final, le G20 de Pittsburgh devrait accoucher d’une déclaration assez lénifiante et relativement peu engageante. Elle sera en tout cas bien éloignée des propositions portées communément par N. Sarkozy, A. Merkel et G. Brown[5]. Elle ne comportera pas, en tout cas, de concrétisation des engagements subis et quasi-généraux visant à instaurer une taxe Tobin sur les transactions financières, tel Bernard Kouchner proposant une « contribution volontaire sur les transactions financières au service du développement »[6]. Tout le monde connaît l’obstruction des États-Unis et le peu d’empressement des institutions européennes – auxquelles la France appartient pourtant – devant une quelconque limitation ou régulation des transactions. On peut donc légitimement se demander si les pays les plus puissants de l’Union européenne ne voulaient finalement pas arriver au sommet du G20 de Pittsburgh en affichant des propositions qu’ils savent inapplicables.

 

Ce troisième G20 en moins de douze mois se conclura par quelques promesses de modifications des normes comptables, des généralités sur la régulation des bonus, et des satisfécits auto-délivrés sur la suppression des paradis fiscaux. Un simple regard dans le rétroviseur permet de douter de la réelle efficacité des annonces faites de G20 en G20, si l’on en croit le dernier rapport de l’ONG Eurodad. Présentée comme l’exemple irréfutable de la nouvelle régulation financière mondiale instaurée par les pays du G20, la suppression des paradis fiscaux est pourtant loin d’être acquise si l’on en croit le dernier rapport de l’association Attac sur le sujet. Si des listes de paradis fiscaux avaient été établies et de maigres engagements demandés à ceux-ci pour en sortir, Attac se demande si les critères retenus par l’OCDE, loin de supprimer les paradis fiscaux, ne font que légitimer leur existence.

 

Pourtant les propositions de régulation ne manquent pas, comme celles qui seront présentées ce samedi à Bruxelles par une coalition d’ONG, d’associations et de syndicats. Même Adair Tuner, à la tête du FSA, l'autorité britannique des marchés financiers, a déclaré récemment que la plupart des transactions de la place financière de Londres étaient « socialement inutiles »[7]. A partir de là, faut-il en rester à des sujets tels que les bonus des traders ? Le cœur du problème réside-t-il réellement dans la rémunération des traders ? Si leur rémunération est un véritable scandale, n’est-elle pas surtout la preuve que les banques et le secteur financier engrangent suffisamment de profits leur permettant d’attribuer de telles rémunérations ? Ces profits ne seraient-ils pas utiles pour construire des écoles, des hôpitaux, pour lutter contre le réchauffement climatique au Sud comme au Nord… ? Ne faudrait-il pas prélever une bonne partie des ces profits pour financer la transition de nos économies vers des activités socialement utiles et écologiquement soutenables ? Une utopie ? Espérons que non… ou bien qu’elle se réalise très vite ! Pour que les G20 ne soient pas vains.

vendredi, 3 juillet 2009

Commission Stiglitz : peut mieux faire !

Le 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy fait sensation. Lui, le libéral et ami des patrons, après avoir annoncé en 2007 vouloir aller chercher la croissance (du PIB) « avec les dents », annonce la mise en place d’une commission « d’experts de hauts niveau », sous la responsabilité de Stiglitz pour réfléchir aux limites des instruments actuels de mesure des performances économiques et sociales. La commande initiale était sans équivoque : « les Français n’en peuvent plus de l’écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu, et les différences croissantes qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne ». Le PIB est jugé « trop quantitatif, trop comptable », et pour « favoriser un autre type de croissance, il faut changer notre instrument de mesure de la croissance ».

 

Le 2 juin dernier, la commission Stiglitz a publié un rapport provisoire en anglais pour susciter des réactions. Le collectif Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse (FAIR) n’a pas manqué l’occasion. Il a publié une 1ère lecture critique intitulée « un diagnostic juste, des propositions encore timides ». Plutôt bon sur la critique classique du Produit intérieur Brut (PIB), le rapport Stiglitz, selon FAIR, serait assez décevant sur les alternatives. Il indique très clairement comment les indicateurs dominants trompent les débats publics en ne transmettant pas les signaux face à l’éminence de crises majeures, ou les informations relatives « au bien-être durable, aux inégalités, à la pression environnementale ». Les pistes sont de trois ordres : compléter le PIB en y intégrant la valorisation monétaire du travail domestique ou des loisirs ; développer des indicateurs de qualité de vie ; créer des indicateurs de développement durable. Ces pistes ne sont pas nouvelles. Généralement assez ou très techniques, elles nécessitent pour la plupart des mises en équivalence monétaire qui étendent la monétarisation du social (activités humaines non marchandes…) et de l’environnemental (ressources naturelles, biodiversité…). Dans tous les cas, ces outils ne semblent pas à la hauteur des enjeux et en mesure d’éclairer pleinement les débats publics.

 

On retrouve ici la dernière critique, de méthode, qu’adresse le collectif FAIR à la commission Stiglitz : « la société civile organisée a été tenue totalement en dehors de ses discussions ». Dominique Méda, dans le Monde du 22 avril 2008, avait déjà annoncé qu’à se réunir entre économistes cherchant une « formule magique » et la « perfection technique », les solutions proposées seraient bien « incapables […] de rendre visibles les malaises de notre civilisation ». D’ailleurs, c’est pour que la société civile soit largement associée aux réflexions que le collectif FAIR a été créé et a multiplié les initiatives (conférence au Sénat, lettres ouvertes, interpellations de la société civile…) et que Jean Gadrey, après avoir appelé au boycott de la commission Stiglitz, avait accepté de participer à ses travaux. Sans grand succès pour l’instant. Raison pour laquelle le collectif organisait un « café presse » ce 1er juillet… en compagnie de la CFDT, de la CGT, de Solidaires, du WWF, des Amis de la Terre et de la CG SCOP. Une configuration originale pour une initiative commune salutaire…

 

Chacun-e est invité-e à réagir sur le site de la commission