la TVA sociale, la Taxe Vraiment Antisociale ?
Par Maxime Combes le mercredi, 13 juin 2007, 11:58 - Echos de l'éco - Lien permanent
L'annonce de la TVA sociale, qui survient après les propositions du paquet fiscal (pour les financer ?) consiste à baisser le coût du travail en basculant, des entreprises vers les ménages, une partie du financement de la Sécurité sociale, grâce à deux outils simultanés :
- la réduction des cotisations patronales ;
- l'augmentation de la TVA de plusieurs points (on parle de 5 points actuellement).
Dans son livre-programme Ensemble, Nicolas Sarkozy, justifiait la TVA sociale de la façon suivante : ce serait "un moyen pour lutter contre les délocalisations, pour créer de l'emploi, pour faire augmenter le pouvoir d'achat". "L'assiette de la TVA étant plus large que celle des cotisations sociales, environ un tiers de la baisse des cotisations pourrait être réalloué à l'augmentation du pouvoir d'achat".
Le gouvernement est en train de faire l'expérience que la TVA Sociale est une mesure plus facile à critiquer qu'à défendre. Non sans raison...
Les incohérences internes du projet :
- les cotisations patronales ne peuvent être supprimées : le rendement financier de la TVA sociale, même augmentée à 25 % pour tous les produits, ne serait que de 82 milliards d'€ alors que les cotisations patronales rapportent 180 milliards d'euros ;
- la neutralité sur les prix n'est pas assurée : partant du principe que les entreprises répercuteront intégralement la baisse de leurs cotisations sur les prix de leurs produits, les partisans de la TVA sociale en conclut que ce transfert n’aurait pas d’incidence sur les prix à la consommation des produits français malgré un taux « apparent » plus élevé ; or il n'est pas du tout assuré en cette période de pression sur les retours en investissements, que les entreprises n'utilisent pas la baisse des cotisations pour augmenter leurs marges.
- la compétitivité des entreprises françaises : le projet vise à l'améliorer. Mais quelle est-elle aujourd'hui ? Avec la plus forte productivité horaire au monde, les salariés français ne sont pas un handicap pour les entreprises. La fiscalité française est-elle trop lourde ? Seul indicateur indiscutable, les investissements directs étrangers (IDE) placent la France en 4ème position.
- une réduction de la concurrence provenant des pays à bas salaire ? l'augmentation de 5 points de la TVA revient à renchérir les biens importés : que vaut cet avantage de 2% quand les coûts salariaux sont 5 fois plus faibles en Europe centrale et 40 fois plus faibles en Chine qu'en Europe occidentale ?
- une forme de dumping : généralisée à tous les pays, la TVA sociale, agissant comme une forme de dévaluation, devient inefficace.
Une mesure extrêmement criticable sur le plan politique :
- les prix devraient augmenter : pour Thomas Piketty (par AFP) « A chaque fois qu'un gouvernement a augmenté la TVA, cette hausse s'est répercutée sur les prix », à hauteur de 60 % ou 70 %, selon les secteurs.
- les cadeaux fiscaux n'étant pas financés, on peut se demander si la TVA sociale n'est pas un moyen ex post de le faire.
- une augmentation des prix dans certains secteurs pourraient avoir des effets dramatiques et contreproductifs (fermetures et licenciements) ;
- la TVA sociale opère un transfert au détriment des ménages : la hausse de l’imposition de la consommation aggraverait le déséquilibre du système fiscalo-social français.
- augmenter le poids de la TVA dans la fiscalité aggrave les inégalités : la TVA touche uniformément les consommateurs, à la différence des impôts progressifs comme l’impôt sur le revenu ;
- depuis 2002, l'euro s'est apprécié de 50% par rapport au dollar : ce n'est pas 5 points de TVA qui infléchira cette politique à la hausse de l'euro qui va à l'encontre de l'emploi ;
- en augmentant le financement fiscal de la Sécurité Sociale, se pose la question de la gestion par les partenaires sociaux des caisses de retraite ou de maladie.
Commentaires
"les cotisations patronales ne peuvent être supprimées" : il serait injustifié de supprimer l'ensemble des cotisations patronales. la TVA sociale est envisager dans la mesure où la protection sociale universelle (assurance maladie, allocations familiales, ...) profite à la collectivité toute entière et devrait donc être financée par la collectivité toute entière (d'où le recours à la TVA). pour la protection sociale salariée (assurance chômage et retraite), il n'y a pas lieu de la financer par l'impôt à l'heure actuelle.
"la neutralité sur les prix n'est pas assurée" : Thomas Piketty reconnaît lui-même que 30 à 40% de la hausse de la TVA n'est pas intégralement répercutée sur les prix - et on ne parle même pas de la baisse du coût du travail et donc des coûts de production.
"Avec la plus forte productivité horaire au monde, les salariés français ne sont pas un handicap pour les entreprises.... les investissements directs étrangers (IDE) placent la France en 4ème position" :
- la productivité horaire est peut-être la plus élevée, mais (chiffres fictifs pour te montrer la limite de l'indicateur) si un ouvrier français produit 10 trombones en travaillant 2 heures dans l'année et qu'un british ouvrier produit 15 trombones en travaillant 5 heures dans l'année, c'est bien le british ouvrier qui est le plus productif à l'année.
- concernant la bonne place de la France dans l'accueil des IDE est à relativiser. il faut regarder de plus près la nature de ces mouvements de capitaux..
"généralisée à tous les pays, la TVA sociale, agissant comme une forme de dévaluation, devient inefficace" : on ne peut pas réduire la TVA sociale à une arme protectionniste. la TVA sociale permet également de réduire les prélèvements sur le travail pour faire contribuer les revenus du travail ET du capital. il y a donc également une modification des coûts relatifs du capital et du travail, au profit du travail.