Devant la proposition de Nicolas Sarkozy d'instaurer une franchise sur les soins, Martin Hirsch, ancien président d'Emmaus et actuel membre du gouvernement, s'est dit opposé au projet (voir ici par exemple).
Quelques heures plus tard et après une entrevue avec Roselyne Bachelot, ministre de la santé, Hirsch s'est dit rassuré par la promesse que les "personnes en difficulté" ne seront pas concernées par la franchise. (voir ici par exemple). Faut-il y voir un pas en arrière de Fillon et Sarkozy ?
Si on peut y voir une nuance dans le discours, le projet, foncièrement idéologique, n'est pas remis en cause. Jusqu'à présent, pour atténuer les craintes devant le projet, Nicolas Sarkozy, d'émission en émission, a diminué le montant de la franchise, parlant de 50 à 100 euros par an pour en arriver à quelques centimes d'euros
par acte (voir ici). Reconnaître qu'il faut introduire de la solidarité en préservant de la réforme les personnes en difficulté est donc une nette évolution ... mais qui ne remet pas en cause ce projet d'idéologues dogmatiques !
Pourquoi considérer que l'introduction d'une franchise sur les soins est une mesure idéologique ?
- parce qu'elle est un non-sens économique : loin de lutter contre la hausse des dépenses de santé, une telle franchise pourrait même inciter à l'augmentation des dépenses. En effet, 70% de la dépense totale est le fait de 10% de patients qui sont atteints de lourdes pathologies. Une fois la franchise payée, la logique économique sera de dépenser le plus possible sur l’année en cours.
- parce que c'est l'inverse d'une politique cohérente de santé publique : on cherche à dissuader les petits ou moyens consommateurs de se faire soigner pour des maladies apparemment moins sévères et pour les actes de prévention que l’on croit toujours pouvoir « reporter » à plus tard. La franchise défavorise donc la prévention... Retarder ou annuler des soins de prévention, c'est s'assurer de soins futurs lourds, beaucoup plus onéreux pour la collectivité.
- parce que c'est une remise en cause fondamentale de la solidarité : la franchise marque la fin d’un système d’assurance maladie solidaire dans lequel chacun cotise selon son revenu et qui protège, équitablement, les individus en bonne santé et les malades. On quitte la logique de la solidarité pour celle de l’assurance privée. Un tel système pourrait désinciter les patients aux faibles revenus, mais pas assez pauvres pour en être dispensés, à recourir aux soins.
Comme le dit la pétition, ce projet de franchise est :
- socialement injuste ;
- économiquement inefficace ;
- dangereuse pour la santé publique.
C'est donc bien une attaque idéologique contre l'esprit de solidarité. Solidarité entre jeunes et moins jeunes, entre malades et bien portants.
La haine du secteur public et de la solidarité collective sont donc les moteurs d'une droite décomplexée qui préfère les dépenses de santé privées à la mode américaine plutôt que les dépenses publiques. On est là en pleine logique et idéologie libérales : les dépenses privées, parce que privées, sont toujours préférables aux dépenses publiques.
Pourtant, alors que les Etats-Unis dépensent 15,3 % de leur PIB à la santé de leurs habitants, la France n'en dépense que 10,5 % (voir ici), ce qui en valeur absolue signifie que les dépenses de santé par an et par habitant sont quasiment deux fois plus élevées aux Etats-Unis qu'en France (voir ici). Le projet de Sarkozy, par sa remise en cause profonde de la logique solidaire du système de santé français, vise donc à nous rapprocher du système américain au sein duquel la part des dépenses publiques ne représente que 42 % des dépenses contre près de 80 % en France (voir ici). Sans voir que la part des dépenses publiques de santé augmentent bien plus vite aux Etats-Unis qu'en France : sur la période 1990-2004, ces dernières ont augmenté de 5 points de pourcentage aux Etats-Unis contre moins de 2 points en France (voir ici).